La vaccination des Québécois jugés « malades chroniques » à cause de leur poids fait jaser
« C'est bien la première fois que la grossophobie médicale a joué de notre bord. »
La campagne de vaccination bat son plein dans la province, alors que les adultes de 45 ans et plus peuvent prendre rendez-vous pour être inoculés contre la COVID-19. Toutefois, certaines personnes plus jeunes n'ont pas à attendre que leur tranche d'âge arrive, se basant plutôt sur leur indice de masse corporelle (IMC).
Qui aurait cru qu'une couple de poignées d'amour pourraient t'aider à recevoir un vaccin? Selon les critères d'admissibilité à la campagne de vaccination du gouvernement, une personne ayant un IMC de 35 et plus est considérée obèse et, de facto, atteinte d'une maladie chronique.
La trisomie 21, le diabète, l'insuffisance rénale nécessitant la dialyse et les problèmes respiratoires sévères font d'ailleurs partie de cette liste. Or, n'est pas obèse qui veut... ou du moins qui sait.
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Le gros bon sens
Joanie Pietracupa est atteinte d'une maladie chronique auto-immune, l'Hashimoto, qui vise la glande thyroïde. Dans une récente publication sur sa page Instagram, elle montre s'être fait vacciner.
« Le plus beau jour de ma vie nouvelle ou la seule fois où la grossophobie médicale a joué en la faveur des fat babes », écrit-elle sous sa photo.
À la base, Joanie allait se faire vacciner sur la base de sa maladie qui, dans les faits, ne fait pas partie de la liste énumérée par le gouvernement.
« On m'a demandé d'élaborer, et en fait j'ai préféré jaser de mon IMC plutôt que d'expliquer en long et en large », confie-t-elle, ajoutant que la thyroïdite de Hashimoto est « si peu connu et compris des infirmiers et médecins ».
Elle précise que si elle parlait de grossophobie médicale, « c'est que tout le monde sait que l'IMC n'est absolument pas une mesure valide de santé ».
La stigmatisation des personnes grosses
Se demander si l'obésité est une maladie chronique, c'est une question qui se pose depuis longtemps, affirme l'autrice, conférencière et consultante Edith Bernier, qui se spécialise dans la lutte contre la grossophobie.
« C'est bien la première fois que la grossophobie médicale a joué de notre bord », lance-t-elle, jointe au téléphone, précisant qu'une personne ayant un IMC supérieur à 35 n'est pas nécessairement malade.
En revanche, cette ouverture à la vaccination aux personnes obèses est faite sur un fond de stigmatisation, dit-elle. « On nous met dans le groupe des malades chroniques. »
Selon elle, il faut arrêter d'associer minceur à santé et grosseur à non-santé. « Ça n'a rien à voir », martèle l'autrice, rappelant qu'il y a plusieurs personnes minces qui ne sont pas en santé pour diverses raisons.
Pour sa part, Joanie affirme que, puisque « 35 [d'IMC] n'est pas énorme, beaucoup de gens ont été surpris d'être considérés comme "malades" par le gouvernement ».
La peur d'être remise en question
À la suite de sa publication, Joanie a reçu plusieurs commentaires de « fat babes » qui, elles, se sentaient mal de « prendre la place » d'une personne, puisqu'elles ne considèrent pas leur IMC comme étant une maladie chronique.
« Plusieurs filles m'ont dit qu'elles n'étaient même pas au courant et avaient pris rendez-vous après avoir vu mes stories et ma publication », déclare-t-elle.
Joanie avance même que plusieurs d'entre elles étaient trop gênées pour prendre rendez-vous, par peur d'être pesées, ou même de se faire juger par leur entourage.
Ce n'est pas le cas de Jessica Potsou, cette étudiante à l'Université de Montréal dont l'IMC est de 41 et qui assume totalement son choix d'aller se faire vacciner avant son temps.
« Je me dis que je suis dans mon plein droit de recevoir le vaccin », avoue la femme de 24 ans, ajoutant qu'elle est la seule chez elle à ne pas avoir été vaccinée.
« J'ai de la difficulté avec le mot obèse honnêtement », dit-elle. « Je sais que j'ai un surplus de poids, mais j'ai l'impression que lorsqu'on parle d'obésité, on parle plutôt d'obésité morbide ».
Une victoire pour les « fat babes »?
« Pour la plupart des gens que j'ai lus sur la question, c'est une victoire douce-amère pour les personnes grosses », lance Mme Bernier.
Le fait que les médias répètent depuis un an que les personnes obèses étaient « des bombes à retardement » ou qu'elles étaient « presque l'ennemi public numéro 1, qu'on allait mourir et qu'on était hyper à risque » de contracter la forme grave du virus pèse dans la balance.
« Ç'aurait été illogique de ne pas vacciner les personnes grosses après ces messages-là. »
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