Les propriétaires d’un club libertin à Montréal s’ouvrent sans tabou sur leur univers
Ils ont près de 160 000 membres. 👀
Sur la rue Jean-Talon Est à Montréal se trouve le Club L, un club libertin où les couples peuvent se retrouver pour faire connaissance et essayer de nouvelles expériences. L'endroit est divisé en deux parties : le rez-de-chaussée comporte une section bar et lounge où les gens peuvent danser, boire et discuter, tandis qu'au deuxième étage, les personnes consentantes peuvent prendre part à des rapprochements. Même en 2023, les établissements pour adultes restent tabous, mais c'est dans le but de lever le voile sur ces clubs libertins que Narcity s'est entretenu avec Madame Andrée et Mateo Lapointe, les propriétaires du Club L.
Le duo, qui a ouvert le lieu en 2018, s'est ouvert à nous au sujet de leur premier pas dans cet univers, les règles en place ainsi que comment tout cela a commencé. On en a également appris davantage au sujet des soirées qui y sont organisées, de la clientèle et l'impact que ça peut avoir sur un couple.
Qu’est-ce qui vous a amené vers le monde des clubs libertins?
Club L à Montréal.
Madame Andrée : « Mateo et moi, ça fait 20 ans qu’on est ensemble, ça fait donc 19 ans et demi qu’on est libertins. Mateo, il était libertin avant moi. Dans le fond, dans notre passage [vers] le libertinage, Mateo a souvent organisé de grosses soirées thématiques. On sortait dans les clubs, on allait dans des soirées thématiques. C'était naturel pour nous de partir un club comme ça. »
Mateo Lapointe : « J'organisais des événements dans des lofts que je louais, on rassemblait à peu près 75 couples ensemble, c’est surtout des amis qu’on avait aussi, ça amenait de belles soirées, des belles dynamiques. Il commençait à y avoir un manque, il n’y avait pas de nouvelles places qui s’ouvraient à Montréal qui faisait "Wow, je vais inviter des amis qui ne sont pas libertins pour leur montrer". »
Madame Andrée : « Dans notre cheminement de libertins, on s’est ramassés dans plusieurs endroits, mais il n'y avait pas d'endroits chics, pas d'endroits classy qu’il y avait un côté lounge où on pouvait s’asseoir et discuter, c'était tout de suite de la musique forte chaque fois qu’on arrivait. On voulait créer un petit espace où les gens avaient plus d’occasions de pouvoir parler, se rencontrer et être dans un environnement chic, classy et élégant. »
Comment ça fonctionne lorsqu'on veut ouvrir un club libertin?
Mateo Lapointe : « [Ça prend un permis], entre autres, à moins que tu fasses comme la majorité des gens. Ils le font discrètement et [ensuite], la ville se surprend à avoir un endroit comme ça sur son territoire. J’ai voulu mettre cartes sur table avec la ville [...], quand tu arrives [avec un] un projet [comme ça], ça prend du temps, ça a pris quatorze mois de travail assidus, de me rendre au bureau municipal aux deux semaines. Moi, mon commerce, je ne fais pas d'argent du tout avec la sexualité, c'est ça qu'ils ne comprennent pas, ce n'est pas un lieu de prostitution [...]. Est-ce que ça prend un permis spécial? Un permis de la ville de Montréal qui dit que c'est un établissement libertin non, ça n’existe pas. Moi, c’est [reconnu comme] un restaurant avec des salles de réunions. »
Qui peut venir au Club L?
Club L à Montréal.
Mateo Lapointe : « Dans les autres établissements libertins, il y a des soirées qui vont accepter les hommes seuls par exemple les jeudis et vendredis et ça, c’est partout ailleurs. Un parce que la raison est très simple, c’est très lucratif parce que tu peux charger quatre fois le prix à un homme seul que le prix d'un couple. Les hommes seuls sont tellement à la recherche de ça qu’ils vont payer. Mes intentions pour mon club libertin, c’était de faire différent de ce qui existait ailleurs, j’ai décidé de ne pas ouvrir pour les hommes seuls les jeudis et vendredis. »
Madame Andrée : « Les couples qui ne veulent pas être en contact avec des hommes seuls peuvent venir au Club L, ils se sentent en sécurité, ils ne se font pas suivre par des hommes. Les hommes aussi quand ils payent très cher ont de plus hautes attentes. On trouvait ça trop compliqué, le Club L est ouvert aux couples et aux femmes seules, les hommes aussi peuvent venir, mais on appelle ça un homme accompagnateur (avec un couple ou avec deux femmes). »
Est-ce que tous les clubs ont les mêmes règles ou c'est propre à chacun?
Mateo Lapointe : « Propre à chacun. Nous, les règles, on a voulu mettre la barre très, très haute. On a eu comme raison ce qui s’est passé dans les dernières années, avec le #MeToo. Souvent, dans les autres bars, quand on a commencé Andrée et moi, c'était "Qui ne dit rien consent". Donc on pouvait sortir, ma conjointe et moi, avoir une relation sexuelle et puis les gars pouvaient la caresser et si ma blonde ne disait rien, ils continuaient et allaient de plus en plus loin. C'était quelque chose qui nous dérangeait à l'époque, donc on a choisi de mettre nos règles dans notre club. »
Madame Andrée : « On approche les 16 000 membres et c'est chaque personne qu’on a prise au moins de 15 à 20 minutes pour leur expliquer c’est quoi les règles du Club L. On a commencé avec une personne, c'est Calia de Câlinothérapie, elle est experte en consentement, c’est elle qui a toute bâti notre visite. On prend vraiment en charge tous les nouveaux clients, nous les règles sont très bien exposées, on trouve que c’est très important et ça sécurise beaucoup les gens. »
Avez-vous des critères de sélection pour les client.es?
Club L à Montréal.
Madame Andrée : « Il faut qu’ils aient 18 ans et plus, il faut qu’ils aient l’esprit ouvert et, après ça, ça va dépendre au niveau des soirées, de l'âge, de la culture [...]. Notre clientèle en ce moment doit avoir entre 30 et 50 ans grossièrement. »
Avez-vous remarqué les effets que ces expériences ont sur les relations de votre clientèle?
Mateo Lapointe : « Si ton couple va bien et que tu as envie d'ajouter des étoiles dans ton couple, oui ton couple va aller encore mieux (en allant au Club L), mais si ton couple ne va pas bien, non ce n'est pas une bonne idée de venir. »
Madame Andrée : « Un couple qui va venir, qui est dans un moment de leur vie où ils ont envie de découvrir ensemble autre chose, oui ça va probablement solidifier et ça fait des couples en santé, ça se communique deux fois plus. Un couple libertin va beaucoup plus se communiquer. »
Un conseil à donner pour ceux et celles qui essaient pour la première fois?
Madame Andrée : « Un conseil qu’on donne à un couple qui veut venir pour la première fois, c’est d’avoir une belle discussion, d'essayer de savoir ça pourrait avoir l’air de quoi leur soirée, c'est quoi leurs limites. Notre meilleur conseil, ce n’est pas de pression. La seule pression à se donner c’est d'avoir du plaisir ensemble. Idéalement, ne faites rien avec personne, promenez-vous, soyez voyeur, faites quelque chose ensemble si vous avez envie d’être exhibitionniste. D'arriver la première soirée dans l'esprit d'avoir du plaisir, pas de pression de performer avec d’autre monde, de se mettre en mode séduction aussi, tenue élégante, sexy, séduire. »
